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Quand on lit les problématiques que rencontrent les restaurateurs aujourd’hui, il est bon de voir comment fonctionnait un restaurant dans les années 50/60. 
 
Ce texte est écrit par Claude Jacquier, chercheur en sociologie politique. 
 
 

Illustration d’un modèle socio-éco-environnemental. La maison Jacquier.

 

A son arrivée à Brison, l’arrière-grand-père n’avait pas un sous vaillant et pas un arpent de terre. Il était salarié agricole. En 1874, il a obtenu une vieille auberge en viager avec une étable et une grange attenante. C’était une entité qui fonctionnait à la fois sur l’espace rural et sur l’espace marchand. Son fils et ses deux enfants, après bien avoir accumulé de l’épargne lui ont substitué, à partir de 1934, un nouvel hôtel-restaurant qui a ouvert au début de 1936 anticipant sur les congés payés créés par le Front populaire. Les deux frères ont vécu ensemble avec femmes et enfants, une famille, une maison d’une dizaine de personnes (voir schéma ci-dessous)

 

Ce modèle économique original qui a survécu jusque dans les années soixante était branché sur l’espace rural par des activités de cueillette (pêche et chasse, fruits, champignons, etc. une sorte d’économie de braconnage progressivement réglementée) et de production agricole (une polyculture de subsistance, à base domestique). Cette production locale se faisait sans échanges monétaires, bénéficiant de l’économie domestique (hommes, femmes, enfants de la famille élargie), l’économie sociale et solidaire ou communautaire villageoise (dons et contre-dons en heures de travail, en biens et services). Le surplus rural dégagé ainsi était valorisé à l’auberge, espace branché sur l’espace marchand ce qui permettait de générer des flux monétaires, une épargne et un processus d’accumulation du capital qui a permis notamment, dans les premières années post-viager d’acheter des terres, puis de construire les nouveaux bâtiments, le tout quasiment sans emprunt grâce à des compléments salariaux (cheminots).

 

La production agricole, la chasse et la pêche, était le domaine des hommes et des rapports masculins. Les femmes y accédaient pour prêter main forte, mais de manière dominée, sur des tâches limitées (attacher les rameaux de vigne, désherber, récolter les fruits et légumes, etc.) le tout s’accompagnant de la surveillance des enfants associés à ce labeur. Souvenir de M. Jacquier : «Mon père tôt levé passait la matinée avant notre réveil à imaginer les travaux que nous, les enfants, pourrions faire. Il avait une formule fameuse «J’ai un petit travail qui vous irait bien». Au petit-déjeuner, nos mères nous disaient, attention il arrive et vue sa tête, il doit avoir un «sujet». Tout commençait en effet par une remontrance sur la veille, une manière, s’il était nécessaire, de nous mettre en situation de faiblesse et d’acceptation du nouveau travail proposé-imposé. Cela commençait invariablement par un cri entendu depuis le jardin « Debout les gosses ! ».

 

Le branchement sur le marché était l’activité privilégiée des femmes, une sorte de domesticité bienveillante. Elles avaient pour tâche de valoriser les produits de la production agricole (préparation des produits en provenance du monde rural, cuisine, préparation des plats, service à table) et d’accueillir les clients. De cette position centrale en interface, elles s’occupaient des enfants, ceux de la famille et de bien d’autres (clients et pensionnaires). Bien évidemment elles étaient souvent les premières levées et les dernières couchées.

 

Ce système a fonctionné ainsi jusque dans les années soixante-dix, au moment du départ des enfants de la maison pour faire des études supérieures. Jusque-là le travail de tous les membres de la famille était gratuit et le modèle économique était on ne peut plus efficace et rentable : quasiment aucun intrant monétarisé. Comme source d’énergie, une cuisinière à bois alimentée par les coupes d’hiver dans la forêt, la main d’œuvre gratuite à un coût limité à sa seule reproductibilité quotidienne, les repas étant pris au restaurant, la vente directe au consommateur final sans aucun intermédiaire. C’est ce système qui s’est progressivement désagrégé, avec le passage au salariat et l’imposition des rapports marchands via les contrôle juridico-fiscaux sur le modèle économique (taxation des intrants en provenance de la propriété agricole jusque-là complètement gratuits, en circuit court direct de la terre ou de l’eau à l’assiette du client sans intermédiaire. Quand on y réfléchit, un vrai développement soutenable.

 

Réservation

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Infos pratiques

5 place Lavalette
38000 Grenoble

Itinéraire

Horaires

Lundi
10h00 - 22h00
Mardi
10h00 - 15h0018h00 - 00h00
Mercredi - Dimanche
10h00 - 22h00

Cuisine

Française Traditionnelle

Type de restaurant

Restaurant Bistronomique

Services

Terrasse, Accès Wifi, Accès handicapés, Ascenseur, Menus enfants

Moyens de paiement

Carte Bleue, American Express, Chèques Vacances, Visa, Espèces, Titres restaurant, Eurocard/Mastercard

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